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Trois paires d'yeux me scrutent méticuleusement. Je me tortille un peu, franchement mal à l'aise. Je me sens étriqué dans la chemise blanche que j'ai enfilée. Le costume de Matthew me donne l'impression de peser une tonne sur mes épaules. Le sourire crispé que j'affiche me fait mal aux zygomatiques. Ce n'est pas moi, tout ça.
-Comment allez-vous Louis ?
Attendent-ils vraiment une réponse honnête ? J'en doute. Je préfère opter pour une semi-vérité.
-S-stressé mais ça v-va.
-C'est normal mais ne soyez pas inquiet, tout va bien se passer, me répond le roux à la chemise verte.
-Nous avons été très ému par le courrier de votre fille. C'est la première fois que nous sommes confrontés à une telle démarche. Etiez-vous au courant de sa lettre ?
Je souris un peu bêtement.
-Non, p-pas du tout.
-Quand nous avons cherché à en savoir plus sur vous, reprend le brun, nous sommes tombés sur un article vantant vos talents de pâtissier. Nous sommes maintenant impatients de découvrir ce que vous nous avez préparé aujourd'hui.
Mon coeur se met à galoper à toute vitesse dans ma poitrine. Il résonne jusque dans mes tempes. C'est le moment. Je m'empare du couvercle de la boite blanche pour dévoiler au jury mon gâteau signature.
Je me suis tordu les méninges toute la semaine. Je n'arrivais pas à être satisfait par ce que je pâtissais. Je trouvais tout trop banal, trop classique. Je me suis entêté pendant cinq jours à peaufiner un entremet sans surprise, alliant la pomme et la cannelle. Je me disais que ce mariage de saveur était une valeur sûre, un choix sans prise de risque. Sauf que ce n'était pas moi. Alors oui, le biscuit Joconde était parfait, la mousse à la vanille était justement dosée et l'insert aux pommes compotées avait la texture adéquate mais je n'étais pas convaincu.
Hier soir, je l'ai quand même présenté à ma brune et à ma blonde. Elle m'ont encouragé, l'ont trouvé délicieux et m'ont rassuré. Selon elles, cet entremet était parfait. Je ne devais pas douter de moi. Alors je suis allé me coucher, laissant de côté mes hésitations.
Sauf que...
Vers une heure du matin, alors que je ne parvenais pas à trouver le sommeil malgré la respiration paisible d'Holly à côté de moi, j'ai eu une illumination. J'ai compris pourquoi cet entremet ne me convainquait pas. Je me suis levé, j'ai couru en cuisine, j'ai fouillé mon réfrigérateur, mes placards, je suis descendu au pub, j'ai pris tout ce qui me manquait et je me suis mis aux fourneaux.
Alors ce n'est pas un hasard si je me sens en accord avec moi-même en leur présentant le contenu de la boite blanche. Peu importe ce qu'ils en penseront, je sais que j'ai cuisiné exactement ce qu'il fallait. Parce que c'est un bout de mon histoire que je dépose devant leurs yeux. La plus grande partie de mon coeur.
Leurs regards s'écarquillent à la vue de ma tarte aux framboises et à la pistache. Le jury me demande de leur décrire ma création. Un sablé à la fois moelleux et croquant à la pistache et aux zestes de citrons verts, une fine couche de confiture de framboise, des framboises que j'ai fait décongeler tout doucement et que j'ai méticuleusement positionnées tête en bas et entre chaque framboise, une rosace de ganache à la pistache et au chocolat blanc. Déposés ci et là, des copeaux extrêmement fins de chocolat blanc, si fins qu'ils fondent sur la langue, des brisures de pistaches grillées mais non salées. Et tout autour du sablé, de petits morceaux de pistaches concassées pour donner visuellement du peps à ce gâteau carré.
La femme en blazer bleu marine veut savoir pourquoi j'ai choisi cette alliance de saveurs. Mon sourire s'envole encore plus. Je leur parle de ma fille, de son amour pour cette tarte, du bonheur qui illumine son visage quand elle découvre que je l'ai préparée et des miettes qui jalonnent le plat après qu'elle soit passée par là. Je leur avoue avoir modernisé la présentation pour les impressionner, que c'est la première fois que je réalise des rosaces de ganache aussi précises et que j'espère que les copeaux de chocolat blanc ne seront pas en trop. Ils rient de ma franchise et me proposent de gouter ma tarte. Mais avant la dégustation, un photographe professionnel l'installe au milieu de la table, positionne des draps blancs, bouge des trucs et ajoute des machins avant que les clics-clics-clics ne fusent. Un caméraman prend le relai, la filme sous tous les angles.
Lorsqu'il nous la rend, le jury me demande de leur servir une part à chacun et une à moi-même. Je m'exécute. Ils la décortique avec leurs yeux, prennent une première cuillère de ganache, enchainent avec le sablé. Ils échangent en chuchotant leurs impressions, comparent leur part. Je me fais tout petit mais quand je porte la cuillère à ma bouche, je sais que j'ai fait honneur à ma fille.
Ils me demandent ensuite de leur parler de ma passion, de mon histoire. Je bafouille, c'est vrai, mais j'essaie de me montrer honnête. Je leur raconte les vidéos que je regardais pendant des heures pour apprendre, ma petite cuisine au pub et ma plus grande fan. Au bout de ce qui me parait être une éternité, le jury me congédie gentiment. Ils m'expliquent que je suis en lice avec vingt-neuf autres candidats mais que seulement huit seront sélectionnés pour passer devant les caméras. Je les remercie d'avoir pris le temps de me goûter tant en sachant très bien que je ne les reverrai plus. Aucune chance que je fasse le poids face à autant de participants.
Je retrouve Mila et Holly qui m'attendent dans le couloir, à la sortie des locaux de la production. Les filles se jettent sur moi, veulent tout savoir, me posent mille question. Je leur raconte tout à mesure que nous regagnons Kinvara. Des larmes de joie brillent dans les yeux de ma fille quand elle apprend que j'ai choisi de présenter une version retravaillée de sa tarte. La main d'Holly presse la mienne avant de retrouver le volant.
Le front appuyé contre la vitre, les paupières closes et le coeur battant enfin à un rythme normal, je me sens en paix. Peu importe l'issu de ce concours, je n'aurais pas pu faire mieux.
Holly nous quitte dès que nous arrivons au village, elle a promis à ses parents de les emmener rendre visite à une partie de leur famille qui n'habite pas tout près. Mila monte à l'appartement pendant que je prends le temps de serrer ma jolie blonde dans mes bras. Elle passe tendrement ses mains sur mon visage, sourit en me voyant sourire.
-Tu peux être fier de toi Louis, souffle-t-elle contre mes lèvres.
-Je suis heureux que tu sois venue avec nous, répondé-je sans cesser de l'embrasser.
-Je n'aurais pas voulu être ailleurs.
J'ai du mal à la laisser partir mais je sais déjà que je la retrouverai demain. Demain, dimanche, le jour où Mila rencontrera Ariane pour la première fois. Rien que d'y penser, j'en ai la nausée.
***
-Papa ! Papa !
Ma fille se rue devant moi alors que je sors à peine de la douche. Je me couvre rapidement d'une serviette tandis que ses mains continuent de s'agiter.
-J'ai envie de mettre ma robe violette mais je ne trouve pas mes collants !
-Laisse-moi le temps de m'habiller et je vais voir si je les trouve.
-Mais je les veux maintenant ! J'en ai trop besoin ! Si je n'ai pas de collants, je ne peux pas mettre de robe et si je n'ai pas de robe, je ne serai pas jolie ! Et je ne veux pas ne pas être jolie !
-Calme-toi, soupiré-je en tentant de maitriser mon exaspération. Je viens t'aider dans cinq minutes.
-Mais papa !
-Arrête Mila ! Je t'ai dit que j'arrivais alors file dans ta chambre, je te rejoins.
Mila tourne les talons en boudant. Elle trottine jusqu'à sa chambre sur ses deux jambes. Jeudi, nous avions rendez-vous à l'hôpital pour ôter son plâtre. Son tibia droit s'est parfaitement ressoudé et elle a pu retrouver l'usage de ses deux jambes. La disparition des béquilles lui facilite vraiment la vie, elle qui a besoin de ses mains pour communiquer. Mais ce n'est pas que pour cette raison qu'elle était plus que ravie de leur dire au revoir. Elle a décidé de rencontrer Ariane. Et depuis que nous avons convenu de partager un repas avec elle, elle est branchée sur cent mille volts. Mila s'est mis en tête d'être la plus belle possible. Depuis cinq jours, elle ne parle que de ça. Se présenter devant Ariane avec des béquilles et un plâtre était inenvisageable pour elle. Je comprends qu'elle veuille faire bonne impression mais cette obsession m'agace déjà.
Hier, elle s'est presque roulée par terre pour que j'accepte de l'emmener chez le coiffeur. Elle a également demandé à Abbi de repasser sa robe violette car apparemment, mes talents ménagers ne la satisfont pas assez pour une telle occasion. Je l'ai ensuite surprise en train de cirer ses bottes vernies. Et ce matin, alors que je croyais qu'elle dormait encore, elle était en train de faire un carnage sur les ongles de ses mains, armée d'un bouteille de vernis rose pâle. Inutile de préciser que je prends vraiment sur moi pour ne pas me fâcher.
J'ai beau lui répéter qu'elle est parfaite comme elle est, qu'Ariane n'a pas disparu parce qu'elle n'était pas assez bien, que c'est sa mère qui avait un problème psychologique, elle continue de s'entêter. Holly me dit que c'est une réaction normale, qu'il faut que je la comprenne mais je n'y parviens pas. Je suis peut-être un idiot mais je trouve que ma fille n'est jamais aussi jolie que lorsqu'elle ne se soucie pas à son apparence.
Après avoir enfilé un jeans noir et d'une chemise un peu épaisse par dessus un t-shirt gris à manches longues, je mets la main sur les collants de ma fille. Holly va bientôt arriver. Quand je lui ai demandé de m'accompagner à ce repas de l'enfer, elle a accepté sans aucune réserve. Et j'ai aussitôt ressenti un profond soulagement. Ce repas m'angoisse mais avec ma douce Holly à mes côtés, je sais que je pourrais l'affronter.
Je n'ai pas peur de ce que dira Ariane à Mila. Je n'ai pas peur que Mila soit déçue de cette rencontre. En réalité, je ne sais pas trop de quoi j'ai peur. Peut-être de dire adieu à notre vie à deux, rien qu'à deux. Même si je ne compte absolument pas impliquer Ariane dans l'éducation de ma fille, j'ai néanmoins conscience que désormais notre bulle a éclaté. Et c'est ce qui me fait le plus peur au fond. Que ma fille m'échappe, qu'elle n'ait plus besoin de moi, qu'elle partage ses peines et ses joies avec une autre que moi.
J'entends du bruit dans le couloir qui me sort de ces pensées maussades. Holly est derrière la porte, elle m'offre son plus joli sourire quand je lui ouvre.
-Comment te sens-tu ? s'enquiert-elle aussitôt.
Je me contente de hausser les épaules. Elle passe sa main sur mon front pour dégager une mèche de cheveux.
-Tout va bien se passer.
Je me penche pour l'embrasser, elle s'agrippe aux pans ouverts de ma chemise. Ma main trouve sa place dans le bas de son dos et elle se cambre sous mon baiser. Quand nos lèvres se décollent, je récupère son manteau et je prends un instant pour l'admirer. Elle est sublime. Une robe vert sapin évasée à manche longues, des jolies chaussures brillantes à talon plat et son béret rouge que j'adore. Son béret de la même couleur que ses lèvres sur lesquelles j'ai déjà envie de replonger.
Mila nous interrompt en se postant devant nous. Holly la salue chaleureusement, la prenant dans ses bras et déposant un petit baiser sur sa joue.
-Holly, est-ce que...
Ses mains hésitantes retombent mollement le long de son corps.
-Qu'est-ce que tu veux me demander ? Dis moi, je t'écoute.
-Est-ce que tu veux bien me refaire une jolie coiffure ? Je n'y arrive pas moi.
-Mais bien sûr ! Montre-moi tous les accessoires que tu as.
Elles disparaissent dans la salle de bains. Pendant que ma fille termine de se préparer, je consulte mon téléphone. J'ai deux messages non lus. Un de Jacques et Annie et un de Bastien. Depuis que je me débrouille un peu pour déchiffrer les mots, ce dernier ne se prive pas pour m'envoyer des textos. Selon lui, il s'agit d'exercices supplémentaires pour améliorer mes compétences. Je sais bien qu'il me taquine mais au fond, j'apprécie vraiment le fait qu'il me traite maintenant comme ses autres amis.
Les deux messages disent à peu près la même chose: ils prennent des nouvelles de Mila, me souhaitent bon courage et me demandent de les tenir au courant. Je bafouille quelques lignes à mon meilleur ami.
Dix minutes plus tard, nous voici en chemin, direction le fish'n'chips du coin. C'est Ariane qui a suggéré qu'on se retrouve là-bas. J'ai accepté sans faire d'histoire. Mila adore ce restaurant et même si les premières minutes seront sans doute assez particulières, partager un repas permet souvent de briser la glace. Ariane m'a prévenu qu'elle serait accompagnée d'Alban, son compagnon.
Lorsque nous poussons la porte du restaurant, je l'aperçois immédiatement. Elle a le visage fermé et les mains jointes. Elle scrute l'entrée avec appréhension mais quand ses yeux se posent sur ma filles, ils s'embuent automatiquement. Elle se lève, fébrile, tandis que Mila serre ma main de toutes ses forces. Elle dévisage celle qui l'a mise au monde, n'ose plus bouger. Ariane avance lentement, comme si elle ne voulait pas la brusquer. Elle s'arrête à quelques pas d'elle, plaque brièvement sa main sur sa bouche, balaie quelques larmes.
-Tu es magnifique Mila.
Ariane a chuchoté ses mots et même si Mila ne peut pas les avoir entendus, je sais qu'elle les a compris. Elle les a lus sur ses lèvres et ils sont venus la toucher en plein coeur. Alors elle sourit enfin, soulagée, et sa main quitte la mienne. Je me sens vide.
Ariane pose un genou à terre pour pouvoir être à la hauteur de Mila. Elle passe doucement le bout de ses doigts sur son épaule, là où repose la longue natte que lui a fait Holly. Elle détaille chacun de ses traits, la couleur de ses yeux, ses longs cils noirs, ses pommettes saillantes et ses lèvres fines. Elle parait subjuguée par ce qu'elle découvre. J'imagine que je le serai aussi à sa place. Sauf que je n'aurais jamais pu être à sa place.
-Je suis heureuse de te rencontrer, souffle Ariane en chassant de nouvelles larmes.
Mila se retourne vers moi, confuse. Elle n'a pas pu lire sur les lèvres de sa mère à cause de son mouvement de la main. Je lui traduis alors les mots en signes. Son sourire prend tellement d'ampleur qu'elle sautille presque sur place.
-Si tu veux lui parler, essaie de ne pas masquer tes lèvres et de ne pas parler trop vite. Elle lira sur tes lèvres.
-D'accord, merci Louis.
Je déteste quand sa voix insipide prononce mon prénom. Holly se rapproche de moi, passe une main dans mon dos pendant que l'autre attrape la mienne et dénoue mon poing serré. Alban nous rejoint et nous nous présentons tous. Nous regagnons la table ronde où les deux intrus étaient installés. Je suis assis entre Holly et Mila qui est elle-même placée à côté d'Ariane. Un serveur vient rapidement prendre nos commandes mais quand il disparait, un lourd silence s'enracine. Mila joue avec sa serviette, Ariane l'observe et moi, je pose une main rassurante sur la cuisse de ma fille. Elle passe sa main sous la nappe pour serrer la mienne, puiser de la force ou se donner du courage. Elle finit par se tourner vers sa mère en agitant ses mains.
-Pourquoi est-ce que tu m'as abandonnée ?
Holly retient un hoquet de surpris. Ariane et Alban regardent Mila, gênés de ne pas pouvoir la comprendre. Ma voix pleine de reproches claque à nouveau dans l'air.
-Mila te demande pourquoi tu l'as abandonnée.
Malgré quelques signes évidents de malaise, Ariane ne se démonte pas. Elle plante son regard dans celui de ma fille et lui répond sereinement, comme si elle avait attendu toute sa vie de prononcer ces mots.
-Parce que je n'allais pas bien et que je n'étais pas en état de m'occuper de toi. Je ne regrette pas d'avoir laissé ton père t'offrir une vie merveilleuse mais je regrette vraiment la manière dont je l'ai fait. J'aurais dû rester en contact avec toi, prendre de tes nouvelles, veiller sur toi, même de loin. Je suis vraiment désolée Mila. Je m'en veux énormément. Mais j'aimerais réparer mes erreurs et apprendre à te connaitre. Est-ce que tu es d'accord ?
-Et aujourd'hui, est-ce que tu vas mieux ? Tu es guérie ?
Je traduis les signes de ma fille sans entrer dans leur conversation.
-Oui. Oui je suis guérie. Je vais beaucoup mieux mais tu manques cruellement à ma vie.
-Est-ce que tu vas repartir encore ?
-Repartir ? Tu veux dire rentrer en France ?
-Est-ce que tu vas m'abandonner encore ?
-Non, non. Je ne ferai plus jamais cette erreur. Plus jamais, je te le promets.
-Pourquoi est-ce tu n'allais pas bien avant ?
-Quand j'étais enfant, mes parents n'étaient jamais là. Ils ne s'occupaient jamais de moi. Toi, tu as la chance d'avoir ton papa qui est toujours là pour toi et qui veille sur toi. Moi je n'avais personne. Alors je n'étais pas heureuse et j'ai commencé à faire des bêtises. Et quand je suis tombée enceinte, je n'étais pas assez forte pour prendre soin de toi. Je... je ne voulais pas avoir de bébé. Je suis désolée de te dire ça comme ça mais c'est la vérité. Je ne voulais pas avoir de bébé, je ne savais déjà pas comment m'occuper de moi alors d'un bébé... j'ai paniqué et j'ai fui. J'ai été très malheureuse mais un jour, j'ai rencontré un médecin qui m'a encouragée. Il m'a aidée à me soigner, à parler de mes problèmes et à comprendre ce qui me rendait aussi triste. Alors j'ai compris, qu'à l'époque je n'étais pas prête à avoir un enfant mais que cet enfant était une partie de moi et que je ne pouvais pas être heureuse sans toi. J'ai complètement changé de vie. J'ai...
-Et tu es heureuse aujourd'hui ?
-Oui, aujourd'hui je suis heureuse parce que je te parle, parce que tu as accepté de me rencontrer et parce que j'espère que nous aurons encore la chance de passer du temps ensemble.
-D'accord.
Les mains de ma fille retombent sur la nappe. Et juste comme ça, elle me sourit et je lis dans son sourire qu'elle entendu ce qu'elle voulait entendre. Avec son honnêteté et sa naïveté d'enfant, elle a posé toutes les questions qui font mal mais qui avaient besoin d'être posées. Et Ariane a su lui apporter les réponses qui la satisferaient.
Durant plus d'une heure et demi, la discussion va bon train entre la mère et la fille. J'apprends à connaitre Alban qui s'avère être un homme calme et agréable. Holly participe à la discussion mais ses coups d'oeil ne m'échappent pas. Elle vérifie sans cesse que je vais bien, que ma fille va bien. Sa main est pratiquement toujours logée dans la mienne, son pouce caresse distraitement le dos de ma main. Je fonds toujours un peu plus. Je m'envole toujours plus haut. J'ai un tas de mots dans la tête, ils s'emmêlent dans tous les sens, ils confondent les consonnes et les voyelles, ils intervertissent les syllabes, ils créent de nouveaux sons, une nouvelle mélodie, une musique qui se calque sur les battements de mon coeur et des paroles qui en disent bien plus que ce que je suis capable d'avouer à voix haute.
Quand il est l'heure que nos chemins se séparent, Mila peine à laisser partir sa mère. Elle n'arrête pas de lui parler, de lui poser des questions sur sa vie en France, sur son travail, ses hobbies et ses souvenirs d'enfance. Ma fille veut tout savoir. Postée sur le trottoir devant la façade du restaurant, Ariane lui promet qu'elles se reverront bientôt et qu'elles pourront parler de tout ce dont Mila a envie. Elle lui dit aussi qu'elle veut apprendre la langue des signes et ma lilliputienne saute de joie.
Une fois les embrassades terminées, Ariane et Alban s'éclipsent en voiture. Mila se tourne vers moi, passe ses bras fin autour de mon ventre, loge sa tête contre mon nombril. Je la serre longuement contre moi. Quand elle se dégage, ses mains m'assomment silencieusement.
-Je suis tellement contente papa ! C'est génial ! J'ai enfin une maman !
