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Chapitre 7

Ça faisait déjà plus de cinq mois depuis l’hospitalisation de Luc. Le cours de la vie avait repris pour tout le monde… sauf pour le principal concerné.

Il n’avait plus mis un pied dehors depuis son agression et avait développé une angoisse terrible dès qu’une pièce était un peu sombre. Toutes les lumières de la maison restaient allumées en permanence pour cette raison.

Son père, depuis lors, travaillait à domicile. Il ne voulait pas laisser son unique enfant seul, et surtout pas après la terrible épreuve qu’il avait traversée sept mois plus tôt.

L’enquête suivait toujours son cours afin de retrouver les responsables de son agression. La police semblait faire face à un mur. Il avait été confirmé, grâce aux témoignages et aux preuves, qu’Effy n’était pas en possession de son téléphone lors de la fatidique soirée. Elle n’avait donc pas pu accepter ce rendez-vous.

Il était désormais évident qu’il s’agissait d’un piège.

Luciano était visé.

Et deux questions persistait : qui ? Et pourquoi ?

Qui voudrait s’en prendre à un garçon de dix-sept ans ? Et d’une manière aussi violente ?

Assis dans son fauteuil roulant, Luc regardait la pluie tomber à travers la baie vitrée donnant sur le jardin.

Ses pensées erraient sans but.

Il ne dormait presque plus et devait se gaver de somnifères pour réussir à fermer l’œil. Et encore… chaque fois qu’il sombrait dans un sommeil profond, il ne faisait que des cauchemars. Il revivait les horreurs de sa séquestration.

Il ne vivait plus.

Il survivait.

Ses jambes refusaient de lui obéir. Ou plutôt, il n’avait plus la force de se lever. Heureusement, ses pieds n’avaient pas été gravement touchés. Il avait une chance de remarcher… mais risquait de boiter pendant un certain temps, malgré la rééducation.

— Monsieur Luciano, votre repas est prêt. Souhaitez-vous passer à table ?

Il hocha lentement la tête, sans accorder un regard au majordome.

— Laissez-moi vous aider…

— Non… laisse. Je vais le faire, répondit-il faiblement.

— Très bien, Monsieur.

Le majordome s’écarta. Il était secrètement satisfait : Luc venait de parler un peu plus que d’habitude.

Dans la salle à manger, le repas était déjà servi. Luc observa le plat avec dégoût, mais il n’avait pas le choix. Il devait manger, ne serait-ce que pour conserver un minimum de force… pour son père.

La seule raison pour laquelle il n’avait pas mis fin à ses jours, c’était lui.

Il savait à quel point son père serait détruit. Il ne voulait pas être la cause de sa chute.

Son père était la seule étincelle qui le maintenait encore en vie.

Il porta une cuillère de soupe à sa bouche, souffla légèrement, puis avala avec difficulté. Son estomac se contracta violemment. Il faillit vomir, mais se retint de toutes ses forces.

Il termina le bol avec lenteur, entre dégoût et douleur.

— Monsieur… Mademoiselle Effy est venue vous rendre visite.

Une faible lueur traversa ses pupilles.

Il hocha la tête.

Le bac est passé depuis deux mois, et Effy l’avait obtenue avec succès. Depuis l’incident de Luc, elle s’était plongée corps et âme dans ses études pour fuir la culpabilité qui la rongeait.

Elle se sentait responsable.

Si elle avait accepté de le voir ce jour-là… peut-être que rien de tout cela ne serait arrivé.

Si elle n’avait pas perdu son téléphone…

Elle s’était confiée un jour à Nani, en pleurs. Cette dernière avait tenté de lui faire comprendre qu’elle n’y était pour rien. Que seuls les agresseurs étaient responsables.

Il lui avait fallu du temps pour alléger ce poids.

Sol avait aussi été un soutien, autant pour elle que pour Luc.

Contre toute attente, les tensions s’étaient apaisées. Luc ne l’appréciait pas vraiment… mais il le tolérait.

— Bonjour Luc ! lança Effy avec douceur en le prenant dans ses bras.

Elle passa une main dans ses cheveux.

Un geste simple.

Mais qui détendit immédiatement son corps.

Un léger sourire apparut sur ses lèvres. Le premier depuis longtemps.

— Ça va ? demanda-t-elle prudemment.

— Toujours en vie…

Après un silence, elle sortit une carte de son sac et la lui tendit.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une invitation… pour célébrer ma réussite. Et aussi… mon départ.

Il mit un moment à comprendre.

— Tu pars ?

— Oui… je vais poursuivre mes études à l’étranger.

— Combien de temps ?

— Trois ans.

— Tu reviendras pendant les vacances ?

— Non… je ne pourrai pas.

Le silence tomba.

Luc la fixa longuement.

Effy ne savait pas quoi dire. Elle se doutait qu’il ne viendrait pas à sa soirée. Mais elle ne pouvait pas non plus cacher sa joie.

Ce serait hypocrite.

Et il avait besoin de lumière, pas seulement d’ombre.

— Tu vas me manquer… finit-il par dire.

— Toi aussi… énormément. Mais on pourra s’appeler, d’accord ?

Le téléphone…

Il n’y touchait plus.

Il passait ses journées à regarder le jardin… ou à écrire.

Il avait trouvé refuge dans les mots. Il y déposait ce qu’il n’arrivait plus à dire.

— Oui…

— Tu pourrais venir ? tenta-t-elle encore.

Il détourna le regard.

Elle comprit.

— Alors… on passe la journée ensemble ?

— Vraiment ?

— Oui ! Qu’est-ce que tu veux faire ?

— Choisis.

— Parfait.

Elle se plaça derrière lui et posa les mains sur le fauteuil.

— On va…

Mais il ne l’écoutait plus.

Des voix envahissaient son esprit.

Tu ne la reverras plus…

Tu ne la mérites pas…

Qu’est-ce qu’elle ferait d’un handicapé comme toi ?

Tu n’es même plus un homme…

— Taisez-vous…

— Luc ? Luciano ? Tu m’écoutes ?

— Oui… oui.

— Je disais que Sol viendrait avec moi pour...

— Vous irez ensemble ? coupa-t-il brusquement.

— Oui… on sera dans la même faculté.

Son regard devint indéchiffrable.

Comme elle l’avait proposé, ils passèrent la journée ensemble.

Et, contre toute attente, Luc sembla... un peu moins éteint.

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