Bibliothèque
Français
Chapitres
Paramètres

2

Je m’éloigne de la voiture et Do’o démarre et s’en va tandis que j’ouvre la porte. Maman doit encore être au magasin. Une fois dedans, j’enlève mes ballerines tout terrain et dépose mon sac sur le canapé, direction la cuisine pour prendre un bon verre d’eau glacée.

Après m’être rafraîchie, je vais dans ma chambre pour mettre une robe pendant que j’entends la voix de maman au salon.

Elle : Jessi où sont mes mintoumba ?

Moi : akie mater tu ne peux même pas demander si j’ai bien voyagé, tu demandes seulement tes mintumbas ?

Elle: aka pardon laisse moi ça seulement le petit Yaoundé qui est ici à côté, tu veux me montrer quoi ? pardon vient me donner mes trucs ici j’espere que c’est bien pimenté comme j’aime.

Je sors de la chambre, ouvre mon sac et lui tends le paquet. J’en profite pour lui remettre mon passeport qu’elle prend malicieusement et me serre dans ses bras.

Elle : Ehh ma fille Jessi ! tu vois quand je te disais de prier ? tu voulais te tuer ici l’année dernière quand on t’a refusée ce même visa. te voici qui va partir non … la vie n’est rien ma fille quand tu tombes relève toi.

Elle ouvre un mintumba et se met à manger en regardant le visa pendant que moi je vais à la douche.

Moi : Ma’a Do’o vient me chercher ce soir pour fêter la bonne nouvelle.

Ma’a : Hummmm.

Moi: Koi hum ma’a ?

Ma’a : il faut faire attention avec ton Donald maintenant qu’il sait que tu vas voyager faut pas qu’il te fasse un enfant la je connais les Bassa, il va te bombarder un enfant la pour cimenter sa place.

Moi : (avec un air tellement amusé): ahahaha ma’a tu vas me tuer de rire ah toi aussi Donald même sait qu’il ne peut pas faire ça ehh ma’a.

Ma’a : En tout cas je disais seulement fais attention. Tu dois aller faire ton master, je ne veux pas les histories bizarre là.

Moi: Ok Ma’a, je ferai attention.

J’entre finalement dans la douche et je ressors quelques minutes plus tard. Aujourd’hui j’ai pas envie de m’habiller. Je mets une petite culotte blanche et un chemisier vert pale. J’enfile mes sandales, ma montre ; oui je ne mets aucun bijou, le seul truc que j’ai toujours eu sur moi c’est ma montre et pourtant j’ai les oreilles percées. Après un léger maquillage, je prends mon petit sac blanc. C’est alors que je reçois un message de Donald me disant qu’il est dehors et qu’il ne veut pas entrer parce qu’il sait que maman est présente. Je souris en pensant à la remarque qu’elle venait de faire à l’instant. Il est donc préférable qu’il reste garé dehors pour que je l’y rejoigne. Je sors de ma chambre et je fais une bise à maman qui regarde je ne sais quoi à la télé.

Donald : Hum bébé, tu es sexy hein. C’est toujours le state là comme sa ? tu n’es même pas encore partie mais tu t’habilles déjà comme Beyonce ?

Moi : (amusée, j’éclate de rire) : ahahahaha Do’o pardon démarre s'il te plait, ne casse pas mes cotés Beyonce mon œil.

On va chez lui. Donald n’aime pas les restaurants encore moins les boites ou les bars. Il y va occasionnellement. La plupart de temps c’est chez lui qu’on passe nos soirées. On arrive finalement.

Donald: Je vais cuisiner bébé, toi assieds toi et occupe toi comme tu peux. Relaxe toi ma belle

Moi: merci mon cœur

Donald a fait du poulet farcis aux pommes, de la salade et du riz blanc, on ouvre une bouteille de vin blanc et on s’installe à table on parle de tout et de rien en se regardant dans les yeux et oui on s’aime.

Deux heures plus tard, on finit de manger et à mon tour de me rendre utile. Je nettoie tout et on s’affale sur le canapé autour d’un thé blottis l’un contre l’autre. Vu que Donald travaille demain matin, il décide de me raccompagner quelques heures plus tard parce que si je dors là, on risque passer une nuit blanche. Vers presque minuit, je rejoins mon chez moi et je trouve maman qui compte la recette du magasin.

Elle: Ah tu es de retour ? Je croyais que tu dormirais là-bas ?

Moi (faisans un signe négatif de la tête) : non, il travaille demain très tôt.

Elle: Ah ok, on n’a même pas vendu aujourd’hui, ah vraiment ça devient dur hein.

Moi (fatigue): Cava aller maman, je vais me coucher je suis bien fatiguée.

Elle : Repose toi on va faire le bilan de tout demain.

Moi: Ok bonne nuit maman.

Je vais dans ma chambre et me glisse sous mes draps avec ma culotte, trop fatiguée pour me mettre les robes de nuit là ah-ka d’ailleurs même je dors avec qui ici ?

Vers 5 heures du matin, je me réveille, oui je me réveille toujours tôt. C’est bien le cas quand on a Linette Soppo comme mère à 5 heures on est debout. Je regarde ma liste collée sur la porte de ma penderie :

Etape 1 : Avoir le visa ;

Etape 2 : Payer le billet d’avion ;

Etape 3 : Préparer le voyage ;

Etape 4 : Voyager.

Je souris en cochant « + » avec mon stylo rouge l’étape 1 ; je suis même dépassée.

Je me nomme Jessipa Ange Manelle, âgée de 25 ans ; Jessi pour ma mère, Ange pour mon bébé Donald et mes amis proches et Manelle pour les connaissances.

Mon père, je ne le connais et je ne l’ai jamais vu. Ma mère dit qu’il a disparu quand elle lui a annoncé ma grossesse. Je naquis donc d’un seul parent, Madame Linette Soppo. Elle est de New Bell, ce quartier réputé de Douala. Oui je suis née ici à New Bell, j’y ai grandi et fréquenté l’école primaire publique ainsi que le lycée. A 18 ans et avec le bac en poche, je suis allée à l’université de Douala où j’ai obtenu une licence en sciences économiques et depuis ma vie est au point mort. Pourquoi ? Peut être parce que je veux traverser comme on dit ici à New Bell, je veux aussi percer pour aller à Mbeng me chercher.

Je suis grande de taille, à ce qu’il parait je tiens cette taille de mon père. Je fais 1 mètre 87 avec une fine forme aux courbes bien harmonisées. Ici à New Bell, on m’appelle Beyonce. Ah oui, tout le monde me connait moi la fille de Linette Soppo la dame de fer. On la surnomme « Marguerite Tchatcher ». Au quartier quand elle passe, les gens fuient. En gros, ma mère ne donne pas le lait.

Nous ne sommes pas riche, c’est juste que ma mère a su se trouver une place dans la société et on a eu la chance que mon grand père nous a légué sa maison de deux pièces. J’ai un grand frère que maman a eu dans ses années de Lycée mais sa belle famille avait rejeté maman et arraché l’enfant. A ce qu’il se dit il serait en France mais on n’a aucune nouvelle de lui. Maman parle souvent de lui et me montre quelques photos de lui quand il était encore un bébé. Il s’appelle Cédric Moussavou oui son père est gabonais et était venu en mission au Cameroun quand il est tombé sous le charme de la jeune Linette. Bref, je ne veux pas entrer dans les détails de cette histoire car dans un premier temps je n’en sais pas trop, et dans un second temps c’est un sujet qui fâche. Maman fait la ligne, elle va en Chine pour acheter des mèches brésiliennes, péruviennes, indiennes de toute qualité. Elle a ouvert un magasin au marché central sous l’enseigne « TOUT CHEZ LINETTE ». On y trouve vraiment toute qualité de mèche et un bon nombre de salons de coiffure qui se ravitaille chez elle ainsi qu’une multitude de clients.

Maman n’a pas un grand niveau d’étude ; cependant avec le CAP, elle occupait la fonction d’Assistante social adjointe à l’hôpital la Quintinie de Douala. Lassée d’avoir toujours un salaire minable, elle décida à 40 ans de prendre une retraite anticipée pour se lancer dans le monde des affaires.

Les débuts ont été très difficiles mais elle a plutôt pris ses marques. Je ne connais pas les extra ou quoi que ce soit, j’ai toujours eu le strict minimum dans ma vie. La seule chose que j’ai demandé d’extra à maman, c’est le financement de mon voyage et c’est la dernière des choses qu’elle fera pour moi. Après cela, je devrais en faire plus pour elle. Nous sommes très proches, on se dit tout, on se parle, je connais ses dragueurs, elle connait les miens. Nous avons toujours été là l’une pour l’autre. C’est ma maman à moi même si je sais qu’elle pleure son fils intérieurement. Mais qui sait, un jour elle le retrouvera.

Je disais donc que quand j’ai eu ma licence en sciences économiques j’ai décidé de partir du Cameroun parce que j’ai la conviction que ma place n’y était pas . En mon sens, j’ai fini ce que j’avais à y faire. Je veux donc poursuivre mon chemin ailleurs, voir d’autres horizons mais pas en France, en Allemagne, au Canada ni en Angleterre. Je veux aller aux Etats Unis d’Amérique. Mais pourquoi les USA?

A cette question, j’ai aucune réponse, je veux juste y aller pour obtenir un master en finances et pourquoi pas un doctorat.

Mon ambition est d’être une grande femme car j’ai toujours eu un faible pour ces femmes intellectuelles qui mettent des lunettes avec des tailleurs cousus sur mesure et tes talons aiguilles. Elles ont d’ailleurs un discours cohérent et captivant comme mon professeur de comptabilité en DEUG 2. Oh cette femme, quand elle entrait dans l’amphithéâtre, je bavais et je me disais intérieurement « je serai comme vous madame ».

Ma mère, Donald et moi avions tenté trois fois d’obtenir le visa des USA sans aucun succès. Les cotisations, la pension retraite de maman, le terrain que mon grand père m’a légué, oui tout a été dilapide dans cette histoire de visa sans qu’on ait gain de cause. Nous n’avons jamais été remboursés et la personne finissait toujours par nous arnaquer.

Maman gardait espoir pendant que moi je désespérais jusqu’au jour où Cecilia, une fille du quartier qui est récemment partie en Angleterre me brancha à son réseau. Enzo, le dur, ce mec a changé ma vie ! Qui ne le connait pas à akwa? Il a tous les documents et peut fournir n’importe quelle pièce d’identité. Moi, je l’appelle « petit biya » parce que s’il meurt akwa s’effondre. C’est donc Enzo qui a tout fait, on a juste payer ce qu’il nous a demandé.

Ma vie sentimentale? Hum j’ai eu pas mal de mec dans ma vie ah. Quand tu grandis à New Bell, à quinze ans, tu es déjà émancipée. En ce qui me concerne, j’étais du genre si tu n’es pas intello, je ne te regarde même pas. Ah oui, Jessipa craque pour les cerveaux pleins parce que sans me vanter, je suis intelligente et je n’ai jamais repris de classe sauf à l’université où j’ai eu une note en histoires des faits économiques qui par hasard avait disparu. Ah les facs, on connait bien le trafic des Unités de Valeurs. C’est la raison pour laquelle j’ai dû finir ma licence avec un an de retard.

Téléchargez l'application maintenant pour recevoir la récompense
Scannez le code QR pour télécharger l'application Hinovel.